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Le dancehall et la monté des sound systems. 1950 – 1960.

A la fin de la guerre l'Angleterre a besoin des bras pour se reconstruire et ouvre ses portes à l'immigration. Dans les années 1950 plus de 160 000 jamaïcains partent s'installer en Angleterre. La conséquence de cet exode est le quasi disparition des groupes de musique à Kingston. Le peu de musiciens restants rejoint la station touristique de Montego Bay située sur la côte nord de l'île. L'industrie touristique est fleurissante et chaque hôtel s'empresse d'embaucher des musiciens pour satisfaire les demandes des touristes qui veulent écouter le mento Jamaïcain.

La pénurie des groupes à Kingston prédestine la montée en puissance des "sound systems" ("sounds") les premiers discos mobiles. Quelques esprits entreprenants voient une utilisation nouvelle des P.A. (Public Address) systèmes utilisés lors des meetings politiques. En ajoutant une ou deux tourne disques ils peuvent jouer la musique préféré des quartiers populaires noires, le R'n'B Américain.

Pour animer une soirée musicale, un sound system est moins cher à louer qu'un groupe de musiciens. Ceux qui veulent organiser une "dance" embauchent un sound system. Joignant l'utile à l'agréable, ils ouvrent une buvette et vendent des boissons et de la nourriture dans le but de faire un bénéfice sur la soirée. Tout le monde est gagnant; les sounds, les organisateurs et la publique. Avec de telles conditions il n'est pas étonnant de voir la montée en popularité des sound systems à Kingston, de la fin des années 1940 jusqu'à dans le milieu des années 1950.

Les sound systems appartiennent aux marchands et aux commerçants, les seuls qui ont assez d'argent pour en acheter. Ils montent leurs systems devant leurs boutiques et jouent du R'n'B pour attirer la clientèle. Par conséquence des groupes des jeunes gens traînent devant ces commerces pour écouter la musique gratuitement. Devant cette demande croissante les systems augmente en puissance. Le nombre de hauts parleurs ne cessent d'accroître. Les amplificateurs primitifs délivrent de plus en plus de watts, se dotant des réglages indépendants pour les basses, mediums et aigues (!).
 
Cette situation développe jusqu'à l'arrivé sur la scène de deux légendes de la musique jamaïcain, Arthur "Duke" Reid et Clement Seymour "Coxsone" Dodd. Ils deviennent les opérateurs des sound systems les plus importantes. Ils se rivalisent d'imagination pour attirer une clientèle; leurs systems deviennent plus puissants, ensuite ils font tourner plusieurs systems à la fois et surtout ils s'équipent de disques exclusifs qu'on n'entend nulle part ailleurs. Ceci est primordial pour consolider et accroître la popularité d'un system aux "blues dances".

Les radios jamaïcains ne jouent que du bop, du big band et du pop américain. Leurs auditeurs sont issus de la petite bourgeoisie ou la haute société, les seuls avec l'argent nécessaire pour l'achat d'une radio ou d'une tourne disque. Le R'n'B américain la musique préféré des classes populaires est largement absente des ondes. En conséquence les quelques magasins de disques existante ne stockent pas du R'n'B au grand malheur des opérateurs de sound systems.

Pour maintenir leur popularité les sound systems ont constamment besoin des nouvelles titres et de préférence des disques "exclusives" (le "special") appartenants uniquement à leur system. Pour se garantir l'exclusivité des specials les opérateurs arrachent systématiquement le label indiquant le nom de l'artiste et le morceau. Tout est bon pour obtenir des specials du R'n'B américain. La première source est les marins américains stationnés en Jamaïque pendant, et pour un certain temps après, la 2ème guerre mondiale. Quand les bateaux militaires américains rejoignent leurs ports d'attache la source de disques se tarit. Les opérateurs des systems repèrent les titres convoités en écoutant la radio américaine puis ils cherchent les disques aux USA, soit par correspondance, soit en se déplacent.

Dans le milieu des années 50, la popularité et la compétition intense des sound systems est tel que des"clashes" (batailles) sont organisés entre différentes systems, le vainqueur étant déterminé par la réponse de la foule. Pour gagner ces clashes, les opérateurs ne sont pas avare des coups bas, allant même au sabotage d'un system rival.

Plus que les specials et les moyens techniques l'élément clef dans la réussite d'une soirée est sans conteste le DJ, plus connu sous le nom de "selector". Le selector utilise tous ses talents pour attirer et maintenir le publique devant son system. La musique est jouée par tranches de styles différentes à l'intérieur desquelles le selector fait son mélange par thème, tempo ou ambiance. Il n'hésite pas à faire monter la pression en ne jouant que l'introduction d'un morceau exclusive. Puis il l'arrête aussitôt, histoire de tenir son publique en haleine. Quand enfin il décide de la jouer en entier, il peut le faire plusieurs fois de suite, pour faire plaisir à son publique qui ne peuvent pas en écouter assez.

Le plus connu des selectors de cette époque s'appel Matchukie. Il utilise le microphone pour adresser son publique et pour embellir les disques qu'il joue. Il annonce les titres, salue la foule et "toast" par-dessous la musique. Le toasting consiste à livrer des vannes, des cries ou des commentaires en effectuant des accents de l'anglais le plus pur au patois jamaïcain. Le timing, la tonalité et le rythme ont autant d'importance que le contenu. Ainsi les selectors Jamaïcains ont crées les bases du rap bien avant l'heure !

Vers le milieu des années 1950, les systems et les selectors sont confrontés à un problème de taille; le changement des goûts du publique américaine. Le R'n'B cède le terrain pour le rock'n'roll qui n'a jamais été très populaire en Jamaïque. Le source des disques R'n'B se tarit, mais les sound systems ont toujours besoin. Coxsone Dodd et Duke Reid louent les services du Federal Studio pour produire et enregistrer du R'n'B avec les groupes locaux. Ces enregistrements sont convertis en "acetates" ou "dub plates" des sortes de disques primaires. Ces dub plates, fabriqués à l'unité, sont l'unique propriété des producteurs et ne sont pas destinés à une distribution publique.

Duke Reid et son système